Le Conseil de Paris a récemment rendu hommage à l’une des plus célèbres voix du raï.

Photo : Cheikha Rimitti

Une place du 18ème arrondissement au nord de la ville, située entre la rue de la Goutte d’Or et Polonceau, porte désormais le nom de Cheikha Rimitti. Avec une carrière s’étendant sur près de 50 ans, plus de 400 cassettes et 300 singles enregistrés, Cheikha Rimitti figure parmi les artistes qui ont profondément influencé le paysage culturel de l’Algérie.

Cheikha Rimitti (de son vrai nom Saadia El Ghizania) est née en 1923 à Tessala, une commune de Sidi Bel Abbès dans l’Ouest algérien. Orpheline, elle grandit dans la pauvreté et rejoint pendant son adolescence une troupe de musiciens nomades (des Hamadcha), avec qui elle apprend le chant et la dance. Avec le groupe, elle se produit devant diverses audiences durant les mariages, les naissances ou encore les circoncisions, et chante des chansons issues aussi bien des répertoires sacré que profane.

A l’âge de vingt ans, l’artiste s’installe à Relizane, où elle se consacre à sa propre musique avec l’aide du musicien Cheikh Mohamed Ould Ennems. Elle adopte alors le nom de scène de Cheikha Rimitti (du mot « remettez ») et signe plusieurs années plus tard, en 1952, un contrat avec le label Pathé-Marconi. La sortie du single Er-Rai Er-Rai la même année marque alors le début d’une carrière aussi controversée que mémorable.

Bien qu’analphabète jusqu’à sa mort, ce sont près de 200 chansons qu’elle compose. Elle y explore les thèmes qui ont jalonné son quotidien dont la pauvreté, le colonialisme, l’amour, l’immigration, l’alcool ou encore la sexualité féminine, dans le langage rugueux de la rue. Des sujets tabous, qui n’étaient alors que rarement abordés publiquement.

 C’est le malheur qui m’a instruit, les chansons me trottent dans la tête et je les retiens de mémoire, pas besoin de papier ni de stylo.

L’adversité est en effet une constante dans la vie de l’artiste. En 1971, elle est plongée dans un coma de trois semaines suite à un accident de voiture à Alger qui coute la vie à trois de ses musiciens. Une expérience qu’elle raconte dans sa chanson « Daouni » (« Ils m’ont prise ») dans son dernier album. Quelques années plus tard, elle fait le pèlerinage à la Mecque, un évènement qui altère son style de vie, sans pour autant changer sa musique et les thèmes qui y sont abordés.

Avec la popularisation du raï dans les années 1980 et 1990, la musique de Cheikha Rimitti connait une audience de plus en plus large. C’est ainsi qu’en 1994, elle enregistre avec les musiciens Robert Fripp des King Crimson et Flea du groupe Red Hot Chili Peppers un album raï-électrique intitulé Sidi Mansour. Un mélange des genres musicaux qu’elle continue d’explorer en 2000 avec un de ses plus célèbres album, Nouar (Les fleurs) produit par Mohammed Maghni et qui revisite les origines rurales du raï. Son dernier album N’ta Goudami (Tu es devant moi ) sort en 2005. L’artiste mêle à sa voix puissante des rythmes issus de divers régions du monde et des sonorités associées au raï.

Cheikha Rimitti meurt en 2006 âgée de 83 ans, deux jours après un concert au Zénith de Paris. Elle personnifie durant toute sa vie l’âme rebelle du raï et sa capacité à servir de voix de l’Algérie populaire.