Ce 14 février, une importante campagne de reboisement pour la plantation de cinq millions d’arbres sera organisée par le ministère de l’Agriculture, du développement rural et de la pêche, avec le soutien entre autres de la Direction générale des forêts et de l’association Algérie verte.
L’initiative s’insère dans le cadre d’un effort national continu visant à « protéger les forêts et à renforcer le couvert végétal », et fait suite au succès de l’opération nationale de reboisement du 25 octobre 2025. Cette dernière a vu la plantation de plus d’un million d’arbres grâce à la mobilisation d’associations, de citoyens bénévoles, du secteur privé, ainsi que de diverses institutions.
Cette campagne aux ambitions inédites offre alors l’opportunité d’une exploration de la flore de l’Algérie à travers les espèces endémiques (c’est‑à dire présentes uniquement en Algérie) et indigènes (natives mais pouvant exister dans d’autres pays) qui composent ses paysages.
Cet exercice non-exhaustif est d’autant plus pertinent que la flore façonne et raconte la culture, l’histoire et la civilisation : de l’utilisation du bois dans les maisons des casbahs du pays, où elle contribue à la souplesse et à l’équilibre des structures, aux palmeraies, oasis et espaces cultivés des régions sahariennes et des Hauts plateaux où elle structure les paysages et les modes de vie, en passant par une agriculture multimillénaire qui continue de marquer le patrimoine culinaire local et dont les traces peuvent être trouvées dans les mosaïques antiques.

Image : © Steve Vallis – Au Palais des Rais, le bois est utilisé dans les entrecolonnements sous forme de panneaux ajourés inspirés du moucharabieh et de motifs arabesques

Mosaïque : © Agnes Pirlot – Mosaïque Les travaux champêtres à Cherchell

Image : © Anna Monusova – A Timimoun, l’architecture vernaculaire mobilise la terre et des chainages horizontaux en bois

Mosaïque : © Agnes Pirlot – Mosaïque Les travaux champêtres à Cherchell
L’enjeu est également politique, en ce que la flore a accompagné et sous-tendu les bouleversements qu’a connus le pays. Ainsi, au cœur de la plaine de Ghriss dans la wilaya de Mascara, c’est au pied de l’arbre « Dardara » que de nombreuses tribus du pays se rassemblent pour prêter allégeance à l’Emir Abdelkader, fondateur de l’État algérien moderne, le 27 novembre 1832.

Oeuvre : Hocine Ziani, Moubayaâ (serment d’allégeance des tribus à l’émir Abdelkader en 1832) – 2008/2009
Avec plus de 3 000 espèces végétales, l’Algérie possède une importante diversité botanique en raison de sa position à la croisée de deux domaines floristiques majeurs : l’Holarctis, qui regroupe les espèces tempérées et méditerranéennes du nord montagneux et humide (Alger reçoit plus de précipitations annuelles que Londres, concentrées durant l’hiver), et le Paléotropis, couvrant les espèces tropicales et sahariennes adaptées aux conditions arides du sud.
Cette dualité se traduit par une répartition contrastée des espèces, avec environ 8 % d’endémisme pour la flore algérienne, une proportion qui tend à décroître du nord au sud sous l’effet de la rudesse du climat. Trois ensembles distincts se succèdent selon leur relief et leur morphologie : le Tell et le littoral, l’Atlas longeant les Hautes plaines, puis le désert saharien au‑delà du massif de l’Atlas.
Dans le nord du pays, les forêts méditerranéennes combinent espèces endémiques et indigènes. Le sapin de Numidie (Abies numidica), endémique aux montagnes du Tell (dans les Babors), témoigne de l’unicité de cette flore. Le cèdre de l’Atlas (Cedrus atlantica), indigène des massifs montagneux du Moyen Atlas et de certaines zones du nord de l’Algérie, contribue également à la richesse forestière. Le pin d’Alep (Pinus halepensis), conifère indigène pionnier, colonise les sols dégradés et prépare le retour d’autres arbres forestiers. Le genévrier thurifère (Juniperus thurifera subsp. africana) occupe les montagnes du nord-est, notamment dans les Aurès, et certaines populations locales pourraient former une variété endémique, parfois désignée var. aurasiaca.
Les feuillus indigènes, tels que le chêne vert (Quercus ilex), le chêne‑liège (Quercus suber), le chêne zéen (Quercus canariensis,) et le chêne Afares (Quercus afares, endémique au Maghreb) possèdent des systèmes racinaires profonds et un feuillage persistant, limitant l’évaporation et stabilisant les sols. Parmi les plantes et fleurs emblématiques du nord algérien, on trouve notamment la pivoine algérienne (Paeonia algeriensis), endémique d’Algérie, la lavande sauvage (Lavandula stoechas) et l’asphodèle (Asphodelus spp.), indigènes du bassin méditerranéen, ainsi que des chardons du genre Carduus, dont Carduus numidicus, endémique d’Algérie et typique de la flore du Tell.
Dans les Hauts Plateaux semi-arides, les steppes sont dominées par l’indigène alfa (Stipa tenacissima), qui fixe les sols et lutte contre la désertification, déjà remarquée par Ibn Khaldoun au XIVᵉ siècle. D’autres plantes indigènes importantes, adaptées aux conditions semi-arides, comprennent l’armoise blanche (Artemisia herba-alba) et la sparte (Lygeum spartum). Quelques espèces endémiques du nord et du centre subsistent par endroits, mais leur nombre diminue fortement avec l’aridité, comme le Sixalix farinosa dans certaines zones semi-arides.
Les zones sahariennes accueillent quant à elles une flore adaptée aux conditions extrêmes. Les palmiers dattiers (Phoenix dactylifera), tamaris (Tamarix aphylla), acacias (Acacia tortilis var. raddiana) et autres espèces indigènes forment des oasis et palmeraies, décrites dès le XIᵉ siècle par Al-Bakri, combinant cultures alimentaires et conservation de l’eau. Ces palmeraies restent des refuges écologiques essentiels, avec des systèmes ingénieux de puits et de barrages pour maximiser l’utilisation des rares précipitations. Certaines espèces endémiques sahariennes, comme le myrte du Tassili (Myrtus nivellei), l’arganier (Argania Spinosa L.), ou le cyprès du Tassili (Cupressus dupreziana), témoignent de l’adaptation unique de la flore aux conditions désertiques. L’armoise blanche et l’arbuste Calligonum comosum jouent également un rôle clé dans la survie des oasis.
En raison des feux répétés, de l’érosion, de la déforestation et de la désertification, ces paysages, riches en potentialités fauniques, floristiques et forestières, sont aujourd’hui gravement menacés, et certaines espèces endémiques à l’Algérie, comme le sapin de Numidie et le cyprès du Tassili, risquent l’extinction. Afin de protéger ces écosystèmes et la biodiversité qu’ils abritent, le ministère de l’Agriculture, du développement rural et de la pêche a appelé à une participation massive à la campagne de plantation cette semaine, impliquant citoyens, associations, entreprises et étudiants. Une opération particulièrement pertinente, qui contribuera à préserver les sols, la faune et la flore locale, tout en protégeant le patrimoine naturel et culturel du pays.
Image : © Live The Life Expeditions – El Mechouar (Tlemcen)












