Sur le fronton d’édifices gouvernementaux, dans les stades, les mobilisations de masse ou même pendant les mariages, le drapeau algérien est sans aucun doute un incontournable de l’espace public partout dans le pays. S’il fait aujourd’hui partie intégrante du patrimoine algérien, son évolution reflète en réalité les bouleversements historiques que le pays a connus.

Bien que différents étendards aient jalonnés l’histoire de l’Algérie, les plus anciennes versions du drapeau actuel remontent au mouvement national algérien dans les années 1930 et 1940. Pour certains, la création du drapeau doit être attribuée à Emilie Busquant, l’épouse de Messali Hadj, qui présente le 5 aout 1934, un drapeau lors de l’assemblée générale de l’Étoile nord-africaine (ENA) dont il est l’un des fondateurs. Pour d’autres, c’est à Chawki Mostefai, un ancien membre de la direction du Parti du peuple algérien que l’on doit sa conception. Le drapeau sous sa forme actuelle aurait fait son apparition durant les manifestations du 1er mai 1945 et du 8 mai 1945. Enfin, certains à l’instar des historiens Anissa Bouayed et René Galissot, font plutôt l’hypothèse que le drapeau aurait pour origine un travail progressif et collectif impliquant de nombreux militants nationalistes depuis les années 1910 (des écrits historiques relatent que des drapeaux algériens auraient été déployés par des manifestants syndicaux le 1ermai 1919 en Algérie et en France).

Photo : Manifestants à Alger en 1960 – AP

Après de nombreuses transformations, c’est l’étendard des manifestations de mai 1945 qui devient le drapeau officiel du Front de libération nationale (FLN), de l’Armée de libération nationale (ALN) et du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) durant la guerre d’indépendance. Cette décision s’explique en grande partie par le rôle que les massacres de Sétif, de Guelma et de Kherrata ont joué dans l’histoire du mouvement de libération du pays.

En effet, le 8 mai 1945, alors que la fin officielle de la Seconde guerre mondiale est annoncée et la victoire des Alliés contre les forces de l’Axe célébrée, des manifestations nationalistes anticoloniales ont lieu durant la journée. Des revendications égalitaires et indépendantistes se font entendre et un jeune membre des scouts musulmans brandit le drapeau algérien, alors interdit. Il s’appelle Bouzid Saâl. Suite à son refus de le lâcher, il est tué par un policier et des émeutes meurtrières s’ensuivent. La répression fait alors des milliers de morts.

 « C’est en 1945 que mon humanitarisme fut confronté pour la première fois au plus atroce des spectacles. J’avais vingt ans. Le choc que je ressentis devant l’impitoyable boucherie qui provoqua la mort de plusieurs milliers de musulmans, je ne l’ai jamais oublié. Là se cimente mon nationalisme. »

Kateb Yacine, alors lycéen à Sétif

Une semaine plus tôt, durant la fête du travail du 1er mai 1945, un jeune algérien avait également été tué après avoir brandi le drapeau algérien : Mohamed Belhaffaf.

Ce drapeau de mai 1945 est sélectionné en 1962 pour devenir le drapeau officiel de l’État algérien. La loi 63-145 du 25 avril 1963 en définit les caractéristiques. Il est composé de deux bandes verticales de même largeur, respectivement de couleurs verte contre la hampe et blanche vers l’extérieur. Il comporte en son milieu un croissant rouge entourant une étoile de la même couleur.

« L’emblème national et l’hymne national sont des conquêtes de la Révolution du 1er novembre 1954. Ils sont immuables. Ces deux symboles de la Révolution, devenus ceux de la République, se caractérisent comme suit : l’emblème national est vert et blanc frappé en son milieu d’une étoile et d’un croissant rouges. »

Article 5 de la constitution algérienne

Photo : Marwanouallal

Le drapeau obéit à des normes définies. Tout d’abord, le vert doit être composé à égalité de jaune et de bleu, tandis que le rouge doit être pur, de couleur primaire indécomposable. Ensuite, la longueur du rectangle doit être égale à une fois et demi sa largeur. Ce rectangle est divisé en deux moitiés, avec en son centre un croissant dont le rayon extérieur est égal au quart de la hauteur du drapeau et dont le rayon intérieur est égal au cinquième de la hauteur. Enfin, l’étoile à cinq branches est comprise dans un cercle dont le rayon est égal au huitième de la hauteur du drapeau et inscrite sur le fond blanc de ce dernier.

De nombreuses interprétations existent concernant le symbolisme ayant influencé la création du drapeau algérien actuel. D’aucuns rapprochent le vert de l’islam (notamment en référence aux premières bannières islamiques) et le blanc de la pureté, tandis que d’autres voient plutôt dans l’utilisation du vert une référence à la terre et dans le blanc une référence à la paix. Certains, à l’instar de l’historien Benjamin Stora dans son Dictionnaire biographique de militants nationalistes algériens, avancent également l’hypothèse que les trois couleurs du drapeau sont un écho aux trois pays du Maghreb. L’étoile et le croissant, pour leur part, sont souvent associés à des symboles islamiques, l’étoile faisant notamment référence aux cinq piliers de l’islam.

Le territoire comprenant l’Algérie actuelle a toutefois connu tout au long de son histoire divers drapeaux (couleurs et symboles) au fil des dynasties et des entités politiques qui y ont régné. Certaines tendances se démarquent alors, dont le recours aux couleurs rouge, blanche et verte, ainsi qu’au croissant dont l’orientation varie selon les époques et les dynasties.

Au cours des dernières années, un autre étendard est de plus en plus présent aux côtés du drapeau algérien. Il s’agit de l’étendard culturel amazigh, créé par Mohand Arab Bessaoud et adopté à la fin des années 1990 par le Congrès mondial amazigh. Il est composé de trois bandes horizontales de couleurs bleue (pour la mer Méditerranée et l’océan Atlantique), verte (pour les montagnes verdoyantes) et jaune (pour le désert du Sahara), avec en son centre la lettre ⵣ (Yaz, symbole de l’endonyme « amazigh », signifiant « homme libre ») en rouge, issue de l’alphabet tifinagh.

Photo : Thomas Tassy

Le drapeau algérien est aujourd’hui officiellement déployé lors des parades du 5 juillet pour fêter l’indépendance du pays et du 1er novembre pour commémorer le déclenchement de la Révolution algérienne de 1954. Il est néanmoins présent dans le quotidien des Algériens du pays et de la diaspora non pas en raison de son esthétique ou de normes protocolaires, mais du fait de la symbolique qu’il contient, entre autres en tant que lien direct avec la lutte pour l’indépendance et en tant que symbole du nationalisme algérien.

Photo : Marvellous World by Sonia – Algiers – Independence Day Celebration – A 2 CV from 1962