Ruelles exiguës et patios baignés de lumière, costumes somptueux et métiers d’art, chants traditionnels et anciennes coutumes : la série Fatma de Djaffar Gacem (Nass Mlah City, Sultan Achour 10, Héliopolis) diffusée exclusivement sur Samira TV, s’est imposée comme un incontournable du Ramadan.
Fatma est une fiction dramatique d’époque qui suit le parcours d’une jeune musicienne et héroïne éponyme interprétée par Ritadje Abdallah, au cœur vibrant de la Casbah d’Alger du milieu du XIXème siècle, alors sous le joug d’un colonialisme naissant. Non sans difficultés, et jonché d’obstacles, le parcours de Fatma se nourrit de l’inspiration de Zahra, chanteuse de retour d’exil, qui renforce sa détermination à créer et à s’affirmer. Au fil du récit, sa trajectoire croise celle d’Ali Ben Ammar, jeune résistant de la Casbah, tandis que les pressions sociales se resserrent et que la résistance s’organise.

Image : © Fatma par Djaffar Gacem – Samira TV
La série est non seulement l’occasion d’une véritable mise en lumière du patrimoine d’Alger, de ses mœurs, et de ses us et coutumes, mais s’inscrit également dans le sillage de la montée en popularité des drames historiques revisitant des pans de l’histoire algérienne qui demeurent souvent peu connus.

Image : © Fatma par Djaffar Gacem – Samira TV
Ce virage vers le patrimoine marque une rupture avec des décennies de production quasi exclusivement dédiées au « cinéma de combat » ou au lendemain de l’indépendance. Si des chefs-d’œuvre comme La Bataille d’Alger (1966) ou la Chronique des années de braise (1975) ont forgé l’identité du septième art du pays à travers le prisme de la guerre de libération, une bascule s’opère désormais vers des périodes plus reculées et des récits plus intimes.
Ainsi, La Dernière Reine (2022), réalisée par Adila Bendimerad et Damien Ounouri, revient sur la prise d’Alger en 1516 par le corsaire ottoman Aroudj Barberousse, la chute du souverain Salim al-Toumi et la figure légendaire de Zaphira, dans un contexte marqué par la fin du pouvoir des Banu Thaaliba.
Le film, présenté à la Mostra de Venise et primé au Festival international du film de la mer Rouge, se distingue par son adoption d’une esthétique du clair-obscur, où la lueur des bougies et les ombres denses rappellent les toiles du Caravage et offrent une profondeur organique à la fresque patrimoniale.
D’autres drames historiques ou fictions d’époque qui ont marqué le cinéma algérien incluent l’épopée Lalla Fadhma N’Soumer (2014), la tragédie Héliopolis (2021) ou encore la poésie rurale de La Montagne de Baya (1997), qui constituent des récits cinématographiques éclairant des périodes historiques importantes de l’Algérie et les dynamiques sociales, politiques et culturelles les entourant.

Photo : Film Fadhma N’soumer de Belkacem Hadjadj
Car l’immersion historique contribue également à la réhabilitation du patrimoine matériel et immatériel du pays. De la sorte, Fatma met en avant la Casbah, son architecture, ses mœurs et coutumes. On y redécouvre notamment le sport de combat traditionnel du Matrag, les costumes d’époque aux étoffes précieuses, la broderie et l’artisanat, ainsi que les chants et la musique du répertoire arabo-andalou (l’Algérie a préservé le plus grand nombre de noubas encore existantes) et les instruments traditionnels de l’époque.

Image : © Fatma – La kouitra est un des symboles de la musique algérienne traditionnelle. Il s’agit d’un luth à manche court proche du oud.
Un travail de reconstitution minutieux qui reflète une volonté de valorisation culturelle, tout en s’inscrivant dans une tendance mondiale où les œuvres de fiction d’époque à l’instar de Bridgerton, Queen Charlotte ou encore Peaky Blinders, s’imposent comme des succès d’audience.

Image : La Dernière Reine © Taj Intaj, Agat Films & Cie, CADC
Pour l’Algérie, ces productions historiques et d’époque s’avèrent essentielles pour la réappropriation et la préservation de son héritage. En racontant l’histoire ancienne du pays, y compris de ses royaumes, dynasties et cités antiques, elles prolongent le travail archéologique et offrent une fresque historique vivante. La consolidation de ce cinéma, soutenue par des politiques culturelles adaptées et ambitieuses, contribue à la préservation des savoir-faire, des traditions et de la mémoire collective, tout en offrant une représentation des multiples strates de l’histoire et de la société algérienne.
Image mise en avant : © @yacine_sadeg – Fatma







