Dans la commune de Mohammadia à l’Est d’Alger, Djamaa El-Djazair (en arabe جامع الجزائر) ou Grande Mosquée d’Alger domine l’horizon de la capitale. Bien qu’inauguré il y a tout juste deux ans, l’édifice monumental est rapidement devenu emblématique de la baie d’Alger. La mosquée est aujourd’hui la plus grande d’Afrique et la troisième plus vaste au monde après les mosquées d’al-Haram à La Mecque et du Prophète à Médine.

Image : © KSP Engel (Great Mosque)

Sise le long d’un axe majeur reliant l’aéroport au centre historique, Djamaa El-Djazair agit comme un catalyseur pour le développement urbain du secteur oriental d’Alger et s’insère dans le cadre de projets d’envergure d’aménagement du littoral de la capitale. Le complexe est intégré à la commune de Mohammadia par un réseau de transport multimodal incluant le métro et le tramway, tout en étant relié au littoral par une passerelle piétonne enjambant l’autoroute.

Image : © Wassil Badaoui – KSP Engel (Great Mosque)

La structure architecturale suit une progression hiérarchique composée d’une série de quatre carrés (le carré sert de leitmotiv structurel) de cent cinquante mètres de côté qui mènent les visiteurs des jardins extérieurs vers l’esplanade avant d’atteindre l’enceinte sacrée. Cette configuration linéaire entre l’esplanade publique et l’espace de recueillement de la salle de prière permet d’orienter l’ensemble de l’édifice vers La Mecque tout en offrant des perspectives ouvertes sur la baie et la ville.

Image : © KSP Engel (Great Mosque) – Ground floor plan

La fonction de la configuration linéaire n’est pas qu’architecturale, puisqu’elle orchestre également un cheminement spirituel, menant progressivement le visiteur de l’agitation urbaine vers le silence de la salle de prière d’environ 20 000 m² où la rigueur du carré rencontre l’ascension d’une coupole de 50 mètres de diamètre culminant à 70 mètres de hauteur, symbolisant l’union entre le terrestre et le céleste.

Image : © Krebs+Kiefer – KSP Engel (Great Mosque)

Avec une capacité pouvant accueillir jusque 120 000 fidèles, le site s’étend sur 27,75 hectares (277 500 m²). Le minaret de base carrée atteint 265 mètres, ce qui en fait le plus haut du monde et le bâtiment religieux le plus haut d’Afrique. Phare spirituel visible de toute la baie, sa subdivision en cinq segments fait référence aux cinq piliers de l’islam, tandis que son sommet vitré, accueille une plateforme d’observation offrant une vue panoramique sur la capitale.

Le projet architectural s’appuie sur le motif de la colonne élancée dont le chapiteau saillant s’inspire du lys calla ou de l’arum africain. Ces 618 colonnes assurent des fonctions statiques tout en étant creuses pour dissimuler des dispositifs d’évacuation des eaux de pluie, de ventilation et d’acoustique. Dans la salle de prière, 170 de ces structures entourent un lustre central et orientent le regard vers une coupole à double coque. Un système de miroirs et de persiennes capture la clarté naturelle pour la projeter de manière diffuse sur les parois intérieures. Ce jeu d’ombres et de lumière crée une atmosphère de sérénité où la clarté diffuse invite au recueillement et transforme l’apparence de l’édifice selon les variations météorologiques méditerranéennes.

Image : © Schnepp Renou, Zinedine Zebar – KSP Engel (Great Mosque)

La construction de la mosquée est l’œuvre d’une collaboration internationale (le cabinet allemand KSP Engel assure la conceptualisation) sous la direction de l’Agence nationale de réalisation et de gestion de Djamaa el Djazair (ANARGEMA). Les travaux commencent en août 2012 et s’achèvent en avril 2019. La mosquée ouvre partiellement ses portes pour les prières dès octobre 2020 et est officiellement inaugurée en février 2024. Le projet symbolisait alors la volonté du pays de créer un centre religieux, culturel et scientifique contemporain de référence.

Image : © Heinen – Djamaa El Djazair

Le complexe intègre en effet une bibliothèque pouvant accueillir jusqu’à un million de livres, le musée de la Civilisation islamique, l’École nationale supérieure des sciences islamiques, des centres de recherche et d’exposition ainsi qu’un héliport et un parking souterrain de quatre mille places. Au-delà de la prière, la mosquée joue un rôle central dans l’éducation et la culture à travers des programmes de formation et de recherche scientifique. Des conventions ont été signées avec l’Université islamique internationale de Malaisie et l’Université Ez-Zitouna de Tunisie, renforçant l’échange d’expertises dans le domaine des sciences islamiques.

Image : © Rachid Hamatou via Wikimedia Commons

L’ornementation, dont les riches enluminures et les six kilomètres de calligraphie arabe (un record mondial) qui subliment la mosquée résultent d’une étroite collaboration entre des théologiens et un comité d’experts algériens (y compris Abdelmalek Moussaoui qui publie subséquemment Djamaa El Djazair, pages radieuses de l’histoire de l’art islamique en Algérie, consacré au projet) ayant extrait des formes représentatives de l’art islamique, en particulier algérien. Des calligraphes algériens de renom à l’instar de Safar M’hamed, Abderrezak Kara Bernou, Abdelghani Doukh et Ben Terkia Mohamed, ont réalisé les frises en utilisant le style thuluth pour l’intérieur et le coufique pour les façades. Au-delà de la prouesse technique, ces inscriptions font des murs de l’édifice un support de méditation visuelle.

Image : © Abdellah Zou – Mosque of Algiers wall writings

L’utilisation de matériaux nobles tels que l’onyx ambré pour le mur de la qibla et le marbre pour les sols complète cette mise en œuvre artistique réalisée par des maîtres artisans avec l’appui de technologies numériques. La conception de Djamaa El-Djazair intègre enfin de nombreux dispositifs durables tels qu’une structure parasismique, des systèmes d’éclairage LED à haute efficacité et des mesures d’économie d’eau.

Djamaa El-Djazair s’est imposé comme un symbole de la capitale offrant une synthèse entre traditions architecturales vernaculaires de l’Algérie (notamment la trame géométrique du carré caractéristique des Casbahs et minarets nationaux, l’usage subtil des moucharabiehs et un langage ornemental reflétant le patrimoine islamique du pays) et modernité technique. En associant missions spirituelles et éducatives, ce complexe d’envergure s’est établi comme un centre de rassemblement et de rayonnement culturel pour l’Algérie contemporaine.

Image : © KSP Engel (Great Mosque)

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