Connue comme étant « l’écrivaine la plus lue dans le mode arabe », Ahlam Mosteghanemi est la première femme en Algérie à publier un recueil en langue arabe.
Cet article fait partie de notre dossier Trois femmes, trois langues, trois récits sur la condition féminine

Photo : Ahlam Mosteghanemi à la Regent University

A tout juste 17 ans, celle qui recevra le titre d’écrivaine la plus lue dans le monde arabe anime déjà sur les ondes de la radio nationale algérienne une émission dédiée à la poésie, Hamassat (Chuchotements). Avec la publication, en 1973, de Ala marfa al ayam (Au havre des jours), la Constantinoise Ahlam Mosteghanemi devient, à 20 ans, la première femme en Algérie à publier un recueil en langue arabe.

Née à Tunis, lors de l’exil de son père qui était militant pour l’indépendance de l’Algérie, elle retourne vivre dans le pays avec sa famille en 1962. L’écrivaine poursuit ses études en Algérie, puis en France, à la Sorbonne, où elle obtient un doctorat en sociologie. Sa thèse, encadrée par Jacques Berque, porte sur le thème de la représentation de la femme dans la littérature algérienne.

La publication de sa trilogie composée de Dhakirat al jassad (Mémoires de la chair) en 1993, de Fawdha al-hawas (Le chaos des sens) en 1997 et de Aber Sarir (Passager du lit) en 2003 la propulse cependant sur le devant de la scène littéraire du monde arabe. Ahlam Mosteghanemi y explore entre autres les thèmes du désir et des droits des femmes, dans des histoires s’élevant contre les inégalités et les extrémismes.

Photo : Ahlam Mosteghanemi sur les lieux du tournage de la série adaptant son roman Dhakirat al jassad

Le choix de la langue arabe par l’écrivaine n’est alors pas fortuit. En effet, l’arabe standard, qui n’était pas maitrisé par sa famille, a permis selon Ahlam Mosteghanemi, d’approcher avec une plus grande liberté des sujets comme l’amour et la place de la femme dans la société algérienne. Ces derniers ne sont pas sans controverse, puisqu’on reproche à l’époque à l’écrivaine son anticonformisme, d’autant plus que l’arabe est associé pour beaucoup au registre du sacré.

Ce choix est également résolument transgressif, en ce qu’il représente sa remise en question du statu quo sociétal au lendemain de la colonisation et lui permet de critiquer certaines normes sociales. Ainsi, dans El aswad yalikou biki (Le noir te va si bien), Ahlam Mosteghanemi y raconte l’histoire d’une femme, enseignante dans un village amazigh dont le père est assassiné par des terroristes pendant les années 1990. La protagoniste décide de prendre la parole en chantant pendant ses funérailles, brisant de ce fait un tabou tout en bravant le danger. Le combat de l’écrivaine pour les droits des femmes s’articule ainsi dans sa lutte plus large contre l’injustice.

Écrire en arabe est déjà un combat en soi. Nous écrivons dans une langue minée de pièges, où, à chaque tournant de phrase, nous risquons de commettre un délit. Avant, nous écrivions pour le lecteur anonyme, aujourd’hui, nous écrivons pour le tueur anonyme. N’importe quel lecteur peut avoir un droit de mort sur vous. L’écrivain ne demande plus à vivre de ce qu’il écrit, mais à ne pas mourir à cause de ce qu’il écrit.

Photo : Ahlam Mosteghanemi et la directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova

Ahlam Mosteghanemi a obtenu le Prix Naguib Mahfouz de littérature pour Dhakirat al jasad et a reçu en 2015 le prix de la « femme arabe la plus distinguée » par le maire de Londres et la Regent’s University pour son travail. Elle a été nommée par le magazine Forbes parmi les femmes les plus influentes de la région et a été nommée artiste de l’UNESCO pour la paix en 2016.

Photo : Ahlam Mosteghanemi, Albert H.