En juillet 2020, un décret présidentiel attribue la médaille de l’ordre du mérite national au rang de « Achir » au comédien engagé Athmane Ariouet.

Celui qui occupe aujourd’hui une place incontournable dans le paysage culturel algérien est issu d’une famille chaouie originaire de M’doukal dans la wilaya de Batna et débute sa carrière cinématographique en 1963 avec le film « Le résultat ».

L’artiste étudie au conservatoire d’Alger de 1969 à 1972 et se consacre au théâtre en langue arabe auprès des comédiens Mustapha Kasdarli, Taha El Amiri et Allal El Mouhib. Il apparait dans de nombreuses pièces de théâtre, divers sketchs et films, dont « L’épopée de Cheikh Bouamama » en 1983 du réalisateur Benamar Bakhti, une oeuvre dédiée au chef de la résistance algérienne au sud-ouest du pays au XIXème siècle.

Dans des registres comiques ou dramatiques, avec des œuvres explorant aussi bien l’histoire que la société algérienne contemporaine, l’artiste se fraye un chemin jusqu’au cœur des foyers algériens. Car c’est grâce à sa satire caustique et intime dans des films comprenant « Le clandestin » (1989) de Benamar Bakhti, « Une famille comme les autres » (« Aïla Ki Nass », 1992) d’Ameur Tribèche, « Deux femmes » (1992) du même réalisateur et le film devenu culte « Carnaval fi Dachra » (1994) de Mohamed Ouakassi, où il incarne le rôle de Makhlouf El Bombardier qu’il se démarque.

Dans ce dernier, il fait avec un humour corrosif la critique de la société et d’un système politique à la dérive. En 2002 il prend part au projet cinématographique, « El Arch » et il entame deux ans plus tard son dernier film, « Chronique des années pub », en tant que réalisateur. Le projet fait cependant face à la censure (notamment une interdiction de sorties en salles) et de nombreux obstacles financiers pendant le tournage.

C’est l’histoire d’un peuple qui vient de recouvrer son indépendance après plus de 130 ans d’occupation. Un peuple aspirant à profiter des richesses d’un pays aux ressources naturelles inépuisables. […] Chronique des Années Pub [fait référence à] la publicité mensongère dont on a gavé le peuple en promettant une vie meilleure qui n’arrivera que par une génération future porteuse d’espoir”.

Athmane Ariouet en 2008 dans un entretien avec Liberté

Tout au long de sa carrière, Athmane Ariouet mobilise une satire mordante et incisive avec un objectif avant tout moral. Il dénonce les vices et contradictions de la société avec un humour qui n’épargne personne, y compris les plus puissants. A traves ses rôles engagés et son talent, l’artiste s’est progressivement imposé dans la scène culturelle algérienne et a su marquer de manière permanente toutes les générations de l’actuelle Algérie.

« J’ai un public que je ne saurai décevoir. “Ma n’dir walou khir ma n’dir hadja walou”. Je préfère ne rien faire que de faire ce qui est nul. Et puis comme le disait Gustave Flaubert : le comble de l’orgueil c’est de se mépriser soi-même. C’est à travers l’œuvre qu’on vous jugera. Comme la moquerie est souvent indigence d’esprit je fuis toujours l’humour gratuit et les choses insensées. Il n’est pas juste de penser que le public algérien est simpliste dans ses jugements. Bien au contraire, c’est un public connaisseur, appréciateur et exigeant. Aussi, j’estime qu’il ne faut pas produire pour produire. Le ridicule, le charlatanisme et l’insensé sont un cauchemar pour moi. L’humour n’est pas donné à n’importe qui. Il exprime la propreté morale et quotidienne de l’esprit. »

Athmane Ariouet en 2008 dans un entretien avec Liberté

Oeuvre : El Moustach – Athmane Ariouet – #YawFa9o

Des récentes mobilisations de masses où de nombreuses affiches utilisaient des images et répliques extraites de ses films, aux photos commentaires voire mèmes, la pertinence du legs d’Athmane Ariouet demeure d’actualité. Celui qui est désormais l’un des artistes les plus populaires du pays lutte dans ses œuvres avec authenticité et simplicité contre les injustices et met souvent en avant une Algérie dite « profonde » rarement valorisée.

« Plus que tout autre, l’artiste vit ses peines en silence les oubliant quelquefois pour faire plaisir aux autres. Cela fait près de quarante ans que je me voue à l’art, le servant avec le plus profond de mes tripes. Aujourd’hui, seul le peuple, mon public continue à insuffler en moi le courage de jouer encore. »

Athmane Ariouet en 2008 dans un entretien avec Liberté

Du cinéma en passant par le théâtre et la télévision, la catharsis comique à visée morale d’Athmane Ariouet ne cessera d’explorer et de remettre en question les travers de la société algérienne et de pousser cette dernière à concrétiser les aspirations du peuple à une vie meilleure.

Oeuvre : El Moustach – Athmane Ariouet – Rak Kbir