Inauguration de nouvelles lignes ferroviaires dans le désert, extension de réseaux urbains, acquisition massive de nouveaux trains, bus et tramways, ou développement du maillage national de transport par câble : le secteur des transports urbains et ferroviaires en Algérie connaît une transformation accélérée en 2026.

Image : © SNTF (Société nationale des transports ferroviaires)
Ce tournant décisif pour la mobilité dans le pays et la modernisation sans précédent des infrastructures de transport s’est illustré en février lorsque la Société nationale des transports ferroviaires (SNTF) inaugurait la ligne ferroviaire Béchar-Tindouf-Gara Djebilet pour le transport lourd de minerai de fer. Le projet historique comprend une ligne de près de 950 kilomètres, 45 ponts ferroviaires, ainsi que de nouvelles gares. La ligne assure également un service voyageurs avec deux trains quotidiens reliant Béchar à Tindouf et desservant des gares du désert dans des localités isolées dont Tabelbala.
L’initiative vient consolider les lignes structurantes existantes en Algérie et s’insère dans un programme ambitieux de maillage du territoire du pays du nord au sud ainsi que d’est en ouest.

Image : © BouizriPhotography – Train de la SNTF dans la commune d’El Asnam (wilaya de Bouira), sur la ligne reliant Alger à Skikda
La transformation du territoire de l’Algérie, appelle alors à une exploration du réseau ferroviaire et urbain algérien, car au-delà même du transport, les trains, métro, tramways et téléphériques du pays peuvent s’avérer un vecteur de consolidation nationale et d’affirmation identitaire, tout en constituant des tiers-lieux essentiels porteurs de culture, à l’instar du Shinkansen au Japon, des funiculaires de San Francisco et de Lisbonne, ou encore de la ligne de chemin de fer transcontinental du Canada. Cet article non-exhaustif (les réseaux de bus, bien qu’en pleine modernisation, n’y sont pas traités) propose un état des lieux des infrastructures de transport lourdes et guidées qui redessinent la carte du pays.

Image : © POMA – Le service de télécabine de Tlemcen assure la liaison entre le centre-ville, au niveau du site historique du Grand bassin, et le plateau de Lala Setti
Le réseau ferroviaire algérien exploité par la SNTF atteint 5 738 kilomètres en 2026. Ce linéaire intègre les mises en service récentes de la ligne Tissemsilt-M’Sila (inaugurée en 2022), la ligne Saïda-Frenda (mise en service en 2023), la ligne Boughezoul-Djelfa-Laghouat (inaugurée en 2023), la ligne Jijel-Bellara (mise en service en 2023) et la ligne stratégique Béchar-Tindouf-Gara Djebilet.

Image : © M.D.S. A. Ath Salem – Naâma, train de marchandises en direction de Béchar
Ce réseau national comprend un maillage suburbain dense autour d’Alger. Exploité par la SNTF, le réseau de trains de banlieue compte sept lignes et 212 kilomètres de voies, desservant 44 stations réparties sur les wilayas d’Alger, Blida, Boumerdès et Tizi Ouzou. Électrifié en 25 kV depuis 2009, il transporte plus de 30 millions de passagers par an. Les lignes principales relient Alger à El Affroun à l’ouest et à Thénia à l’est, avec des branches récentes vers Zéralda et l’aéroport Houari Boumédiène.

Image : © SNTF (Société nationale des transports ferroviaires) – Trains FLIRT (Flinker Leichter Innovativer Regional-Triebzug) de la banlieue d’Alger
Enfin, la wilaya d’Alger a engagé la construction de trois nouvelles gares ferroviaires pour faciliter l’accès au centre de la capitale. Les sites retenus sont Rahmania, sur la ligne menant à Sidi Abdellah et Zéralda, Kourifa à El Harrach, et El Hamiz à Dar El Beïda.
À Alger, le métro inauguré en 2011 dessert près de 150 000 voyageurs par jour et s’étend sur près de 19 kilomètres, reliant la place des Martyrs à Bachdjarah, ainsi que El-Harrach et Aïn Naadja. Deux projets d’extension sont en cours de finalisation afin de relier Aïn Naadja à Baraki d’une part, et de prolonger la ligne d’El-Harrach à l’Université des sciences et de la technologie Houari Boumediene d’autre part ; il s’agit de la première phase d’une future desserte de l’aéroport d’Alger. Le réseau métropolitain atteindra 33 kilomètres après ces mises en service, puis 90 kilomètres à moyen terme.

Carte : © Maximilian Dörrbecker (Chumwa) – Transports publics d’Alger
Fait inédit, la station Place des Martyrs à Alger a fait l’objet de fouilles archéologiques préventives, menées à la suite de découvertes réalisées lors des excavations liées à la construction du métro. Ces fouilles ont permis de mettre au jour des vestiges s’échelonnant sur plus de sept mètres de profondeur, témoignant d’une riche stratification historique : de l’antique Icosium dont subsistent notamment les traces d’une basilique paléochrétienne, aux vestiges du quartier ottoman et aux premières années de la période coloniale. L’exposition de certains de ces éléments au sein même de la station en fait aujourd’hui un véritable musée souterrain.

Image : © Denis Gliksman, Inrap | Mosaïque de la basilique paléochrétienne
La capitale est aussi desservie par le premier réseau moderne de tramways du pays, qui couvre désormais sept villes algériennes (l’Algérie est le pays d’Afrique qui compte le plus de villes desservies par un tramway). À Alger, le réseau, inauguré en 2011, s’étend sur 23,2 kilomètres et comprend 38 stations.

Image : © Stefan Höltge – Tramway de Constantine
Oran et Constantine se dotent en 2013 de leur propre réseau de tramways : le tramway d’Oran, long de 18,7 kilomètres, dessert 32 stations entre Sidi Maârouf et Es Senia, tandis que celui de Constantine, adapté au relief accidenté de la ville des ponts, s’étend pour sa part sur 18,3 kilomètres et compte 21 stations reliant le stade Ben Abdelmalek Ramdane à la nouvelle ville Ali Mendjeli et à l’université Abdelhamid Mehri. Une extension de 4,6 kilomètres et sept stations supplémentaires est en projet dans la cité d’Ali Mendjeli pour désengorger les axes existants.

Image : © Alain Potignon – Tramway de Sétif, ALSTOM SA 2019. Atyaf Prod | Citadis
Les villes de Sidi Bel Abbès, Sétif et Ouargla ont aussi été dotées de tramways à partir de 2017 et 2018. La mise en service du tramway d’Ouargla, dans le sud du pays (le premier du désert en Afrique du Nord) a constitué une étape importante en étendant ce mode de transport au-delà du nord algérien. Enfin, Mostaganem a rejoint le réseau en 2023 avec le tramway le plus récent du pays.

Image : © Rikard Ågren – Tramway de Ouargla
Parallèlement à ces infrastructures ferroviaires et urbaines, l’Algérie s’est dotée d’un réseau de transport par câble avec des installations qui opèrent dans de nombreuses villes à travers le territoire. Si Alger a été précurseur en la matière durant la colonisation avec la première ligne reliant Belouizdad à El Madania inaugurée en 1956, c’est au lendemain de l’indépendance du pays, en particulier dans les années 1980, que le maillage s’est développé par l’apport de nouvelles lignes : le téléphérique de Notre-Dame-d’Afrique en 1984, celui du Mémorial du Martyr en 1986, ou encore celui du Palais de la Culture en 1987. Après une période de rénovation achevée en 2010, deux lignes de télécabines ont été ajoutées : celle d’Oued Koriche-Bouzaréah et celle de Bab El Oued-Zghara, mise en service en janvier 2019.

Image : © POMA – Ligne Bab El Oued-Zghara
À Blida, la télécabine reliant la ville au parc national de Chréa, mise en service en 1984, était alors l’une des plus longues au monde avec plus de 7 kilomètres sur deux tronçons cumulés. À Constantine, la télécabine urbaine a été inaugurée en juin 2008. Ce système transporte les passagers à travers les gorges du Rhumel sur trois stations (Terrain Tannoudji, hôpital Ben Badis et Place Tatache). À Oran, la télécabine reliant Haï Ennasr au sommet du mont Murdjajo a été mise en service en 1988. La télécabine d’Annaba reliant Annaba à Seraïdi a été quant à elle mise en service en 1986. D’une longueur de 4 150 mètres, elle est l’une des plus longues d’Afrique.

Image : © POMA – Télécabine à Tlemcen
À Tlemcen, la télécabine reliant le centre-ville au plateau de Lalla Setti offre une capacité de 1 500 passagers par heure avec des cabines de dix places. À Tizi Ouzou, un vaste projet de transport par câble a été lancé avec la construction d’une télécabine urbaine dont les travaux ont débuté en 2014. La première section, reliant la gare multimodale de Kef Naâdja au quartier de M’douha, a été inaugurée le 12 janvier 2020 à l’occasion du nouvel an amazigh. Longue de 2 446 mètres et équipée de 65 cabines de dix places, elle a transporté plus de 3,2 millions de passagers en 2022, puis plus de 3,5 millions en 2023, représentant à elle seule 44 % du total des usagers des transports par câble de toute l’Algérie.

Image : © POMA – Le téléphérique urbain de Tizi Ouzou a été mis en service en janvier 2020, avec un soin particulier apporté pour que l’architecture s’intègre à l’environnement local (notamment avec des mashrabiya aux motifs amazighs). Il s’interface directement avec les réseaux de bus et de trains.
L’Algérie redouble d’ambitions dans le domaine du transport par câble, la loi de finances 2026 ayant prévu la réalisation de sept nouveaux projets à Béjaïa, Constantine, Médéa, Jijel, Oran, Béni Saf et El Tarf, venant consolider un réseau déjà dense.
Ce choix stratégique en faveur du transport par câble s’explique entre autres par les reliefs escarpés des villes du nord du pays (Atlas tellien) et une urbanisation dense, le téléphérique offrant une mise en œuvre plus rapide qu’un tramway, une emprise au sol minimale et une adaptation optimale aux terrains difficiles. Depuis 2009, l’État algérien a inscrit le développement d’infrastructures de transport modernes, notamment par câble, dans sa feuille de route. À Alger, le plan de modernisation des infrastructures routières et de transport visant à désengorger la capitale (le « Plan jaune ») prévoit également l’extension des lignes de transport par câble, confirmant l’intégration de ce mode de transport dans la stratégie nationale de mobilité durable.
L’ensemble de ces projets témoigne d’un effort d’investissement soutenu dans les transports publics, combinant la modernisation du réseau ferroviaire, l’extension des infrastructures urbaines et le développement de nouvelles lignes, sans oublier le maillage national par câble et le recours aux modes de transport comme le monorail (dans le cadre du « Plan jaune » de transformation urbaine d’Alger, deux lignes de monorail d’une longueur totale de 67 kilomètres sont à l’étude). Les échéances de 2026 et des années subséquentes devraient concrétiser plusieurs chantiers majeurs attendus depuis des décennies. Au-delà de la simple addition de kilomètres de voies et de nouvelles lignes, la stratégie algérienne repose sur une approche résolument multimodale : métro, train de banlieue, tramway et téléphérique – et potentiellement monorail – sont conçus comme les rouages d’un système intégré.

Image : Algeria Project (sur Twitter) – Tramway de Mostaganem
Cette vision se matérialise par le développement de pôles d’échanges, à l’image de la future gare multimodale de Bir Mourad Raïs, et s’accompagne de réformes institutionnelles, dont la mise en place progressive d’une Autorité organisatrice des transports urbains, destinées à dépasser la logique fragmentée pour offrir aux usagers un service coordonné, une information en temps réel et une tarification unifiée.
Les plans « jaune » et « bleu » de transformation d’Alger illustrent cette ambition : le premier consacre une refonte multimodale des déplacements, le second vise à restaurer la connexion de la ville avec la mer Méditerranée, mêlant objectifs urbains et symboliques et conciliant qualité de vie et valorisation du patrimoine naturel et culturel. En intégrant des pôles d’échanges, en valorisant le patrimoine archéologique à l’instar de la station Place des Martyrs, en renouant avec la vocation maritime du pays par des dessertes fluviales et maritimes, ce système de mobilité est porteur d’un projet de société à l’échelle nationale.
Les chantiers de la coordination opérationnelle sont désormais engagés, qu’il s’agisse de l’harmonisation entre opérateurs, de la diffusion de l’information en temps réel, de la modernisation et de la digitalisation des interfaces usagers, ou de la mise en place d’une tarification unifiée. Portée par une vision cohérente et des investissements massifs, la dynamique ainsi impulsée apparaît dès lors irréversible.
Image mise en avant : © Rikard Ågren – Tramway de Sidi Bel Abbès





