Au cœur du Musée d’art moderne et contemporain d’Oran (MAMO), l’exposition Gravity3 offre aux visiteurs une expérience inédite qui explore, à travers une trentaine d’œuvres de l’artiste Sadek Rahim, l’histoire de l’Algérie et les bouleversements sociopolitiques que le pays traverse.

« Le titre de l’exposition, Gravity³, joue sur la polysémie du mot « gravité » en français. La gravité, c’est d’abord le champ de la pesanteur, ce qui attire et retient au sol. Force fondamentale qui régit l’Univers, la gravité est à la fois ce qui permet et limite le mouvement.

Quant au « ³ », il fait écho à la notion de masse, de volume. L’utilisation symbolique de cette expression de la puissance algébrique de multiplication et du prisme solide de la géométrie euclidienne évoque le cube de béton que l’on voit le long des ports, sur lesquels les jeunes s’assoient pour observer -et rêver à – l’horizon, et qui a souvent inspiré Sadek Rahim comme élément symbolique de la force d’inertie. Le cube, qui symbolise la Terre, la stabilité, notamment du monde matériel, est aussi la matière de l’architecture et de la construction. Il renvoie alors autant à des projets urbains en déshérence, qu’à l’idée d’un autre monde à édifier. »

Marie Deparis-Yafil, commissaire de l’exposition

Avec des peintures, des installations, des dessins, des sculptures et des vidéos, c’est l’univers de l’artiste qui se dévoile dans le cadre d’un évènement sans précédent s’étendant sur près de 4000m2. Parmi les thématiques abordées par Sadek Rahim, on compte notamment celles du déracinement, de l’exil et de la désillusion, avec la déconstruction des mythes du tapis volant et de l’eldorado.

« A l’occasion de discussions, j’ai souvent été invité chez eux par les jeunes que j’observais pour mon travail. Dans les villages, généralement, le moyen de s’assoir et de recevoir les invités au salon consiste souvent en un grand tapis, des grands coussins et une table basse. Le plus souvent, le tapis est simple, acheté au marché du coin. Je ne pouvais m’empêcher à chaque fois de penser au mythe du tapis volant, lorsque ces jeunes commençaient à parler du projet de leur vie, de ce qui semblait être leur rêve ultime – une utopie- : vivre dans un monde qu’ils ne connaissent que par la télé, l’Europe. »

Sadek Rahim

Originaire d’Oran, Sadek Rahim se découvre très tôt une passion pour l’art à travers la lecture d’encyclopédies consacrées au domaine présentes dans la bibliothèque militaire au sein de laquelle son père est directeur. Il poursuit alors des études en arts plastiques à l’Académie libanaise des beaux-arts (ALBA) à Beyrouth, puis à l’Université des arts de Londres (au Central Saint Martins College of Arts and Design), où il devient artiste associé.

À son retour en Algérie en 2004, il a pour ambition de produire un art avec une fonction sociale. Pour ce faire, il crée des œuvres qui combinent souvent des installations et de la photographie, de la technologie et du design, et qui explorent les réalités politiques et sociales que traverse le pays.

Photo : Sadek Rahim, oeuvre Burning Dreams (2013). Tapis, essence et eau de mer méditerranéenne, 280x200cm.

Désireux de promouvoir l’art contemporain en Algérie, il cofonde la Biennale méditerranéenne d’art contemporain d’Oran en partenariat avec Civ-œil et participe à l’organisation de nombreux évènements culturels dont Nuit blanche Oran etVideo’Apart Oran.

Sadek Rahim a exposé ses œuvres dans de nombreux espaces d’art contemporain, y compris au Musée public national d’art moderne et contemporain d’Alger (MAMA), le Musée du Montparnasse à Paris, le Musée national Zabana d’Oran, aux galeries Brick Lane, Oxford House et Mosaic Rooms à Londres ainsi qu’à la Fondation culturelle Alserkal de Dubai.

Les œuvres engagées de Sadek Rahim sont exposées au Musée d’art moderne et contemporain d’Oran (MAMO) situé au 5 et 7 rue Larbi Ben M’hidi jusqu’au 31 août 2019.