Le projet de Maya-Ines Touam est marqué par la juxtaposition de profils variés, qui représentent tous néanmoins différentes facettes de la « femme algérienne contemporaine ».

Maya-Ines Touam est une photographe plasticienne qui intègre les influences issues de ses origines algériennes aux références auxquelles elle a été exposée en France, son pays de naissance. Elle décrit son identité comme étant en constant mouvement et en devenir, aux antipodes d’une vision rigide et invariable de celle-ci.

« Nul aujourd’hui n’est seulement ceci ou cela, Indien, femme, Musulman, Américain, ces étiquettes ne sont que des points de départ.»

Edward Saïd dans L’Orientalisme : L’Orient créé par l’Occident, tel que cité par Maya-Ines Touam

Sa réflexion artistique s’oriente très tôt vers l’ambivalence du pouvoir féminin dans « le monde arabo-musulman ». Les femmes issues de cette région étant souvent associées tantôt à un exotisme séducteur, tantôt à des figures opprimées, l’artiste s’engage dans une démarche critique engagée, afin d’explorer les représentations et les symboles du voile contemporain. Il s’agit alors d’un questionnement quant à l’idée même que se font ces femmes au sujet de leur rapport à « l’étoffe », qui peut revêtir des caractéristiques traditionnelles, culturelles et/ou religieuses.

« Depuis près de 4 ans, mes créations plastiques s’articulent autour d’une certaine imagerie féminine dans l’islam contemporain, dans la lignée des marocaines Majida Khattari et Lalla Essaydi, de l’iranienne Shadi Gadirian, ou encore de la yéménite Boushra Almutawakel. Ma double nationalité est le point de départ d’un processus visant à repositionner perpétuellement mon identité culturelle d’origine. Ce sentiment « d’entre deux » en est le reflet. Par mes nombreux voyages dans le monde arabe et à travers de nombreux médiums, je cherche à exprimer l’ambivalence et la richesse de la féminité entre Orient et Occident. »

Ainsi, dans Révéler l’étoffe, Maya-Ines Touam présente plusieurs séries de photographies de femmes d’âges et de milieux variés prises dans différents centres urbains d’Algérie (Alger, Constantine, Oran et Tizi Ouzou). La seule consigne étant qu’elles soient vêtues selon leur habitude, avec ou sans voile.

« Il y a autant de manières de penser le voile que de le porter. (… ) Je considère qu’elles ont ce droit de porter ce qui représente pour elles, ce qu’elles sont.
En revanche j’ai conscience que ce voile est sujet de beaucoup d’inégalités, je sais qu’il y a tellement de femmes qui se sont battus pour ne pas le mettre. Je prends en considération l’histoire de certains pays où on a combattu et où l’on combat toujours pour l’égalité des droits. 
»

Il est vrai que l’objectif initial du projet soit de mettre en lumière la diversité des approches vis-à-vis de la question du voile. Toutefois, le résultat de la démarche de l’artiste est d’autant plus ambitieux en ce qu’il offre également une fenêtre sur la multiplicité d’opinions et de modes d’habillements contemporains présents dans de nombreuses villes du pays. En effet, l’interrogation de l’artiste offre l’occasion – à travers la photographie et la mobilisation d’extraits d’entretiens – d’approcher la profusion des expériences féminines et des rapports aux vêtements de manière générale. Le tableau est alors marqué par la juxtaposition de profils variés, qui représentent tous néanmoins des facettes de la femme algérienne contemporaine.

Réalisé en 2014, Révéler l’étoffe représente pourtant la première expérience en Algérie pour la jeune femme aux origines constantinoises. Mue par un désir de compréhension et la volonté de présenter une plateforme d’expression pour des femmes dont les voix ne sont pas toujours mises en avant ou entendues, son projet présente la particularité d’exposer une constellation de manières de penser, reflétant la diversité qui existe au sein de la société algérienne.

Photos : Maya-Ines Touam

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