A travers ses œuvres accompagnant l’indépendance du pays, Mohammed Lakhdar-Hamina a aidé à forger un récit national. Témoignage d’une époque, son legs met en avant des histoires jusqu’alors peu valorisées et appréciées.

Originaire de M’Sila, le réalisateur Mohammed Lakhdar-Hamina a non seulement travaillé pour le Gouvernement provisoire de la République algérienne à partir de 1958, mais a aussi obtenu la Palme d’or en 1975 pour son œuvre Chronique des années de braise.

Image : Extrait du film Chronique des Années de Braise. Restauré en 2018 par le World Cinema Project de The Film Foundation et la Cineteca Bologna des laboratoires L’Image Retrouvée et L’Immagine Ritrovata.

Celui qui deviendra le premier lauréat africain à obtenir le prestigieux prix, est né en 1934 et commence ses études en Algérie. Il continue sa scolarité en France, où il entreprend des études en agriculture et en droit.

A partir de la Tunisie, il rejoint en 1958 les rangs des combattants pour l’indépendance de l’Algérie et travaille pour le gouvernement provisoire en exil. C’est alors dans le cadre de la lutte révolutionnaire que sa carrière cinématographique débute et il intègre en 1959 l’Académie du film de Prague (Filmová a televizní fakulta, FAMU), une école supérieure de cinéma, fondée après la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Il rejoint les Studios Barrandov, principaux studios de cinéma tchèque, puis prend part en 1960 au Service Cinéma G.P.R.A., un programme mis en place par le gouvernement provisoire avec pour objectif de produire et de diffuser du contenu cinématographique qui inclue des négatifs de films tournés dans les maquis.

Avec Service Cinéma, Mohammed Lakhdar-Hamina réalise entre 1960 et 1962 les films Djazairouna (réalisé aux côtés du Docteur Chaulet, de Djamel Chanderli) qui explore l’Algérie durant la colonisation et les objectifs du combat nationaliste, Yasmina (réalisé avec Djamel Chanderli) qui raconte l’histoire d’une jeune réfugiée qui doit fuir son village suite à sa destruction, La voix du peuple (aussi réalisé avec Djamel Chanderli) et Les fusils de la liberté (réalisé avec Djamel Chanderli, avec un scénario de Serge Michel).

Suite à l’indépendance du pays en 1962, l’artiste retourne en Algérie, où il fonde avec d’anciens collaborateurs l’Office des actualités algériennes, un bureau dont il sera le directeur de 1963 jusqu’à la dissolution de l’organisation en 1974. Il est également le directeur de l’Office national pour le Commerce et l’industrie cinématographique de 1981 à 1984, qui a produit de nombreux films primés dans les festivals internationaux, dont Z de Costa-Gavras (Oscar en 1970 du meilleur film en langue étrangère), ou encore Chronique des années de braise de Mohammed Lakhdar- Hamina (qui remporte la Palme d’or du festival de Cannes en 1975).

L’apport artistique du réalisateur est intimement lié à la naissance et au développement d’un cinéma propre à l’Algérie, reflétant l’expérience algérienne contemporaine. Ce cinéma suit alors de près l’évolution récente du pays, de la lutte pour l’indépendance à l’édification de l’État et de l’identité nationale postcoloniale, avec des idéaux profondément anti-impérialistes.

Ainsi, son premier long métrage, Le vent des Aurès, qui obtient le Prix de la première œuvre du festival de Cannes et le Grand prix du Festival international du film de Moscou en 1967, dresse le portrait d’une femme algérienne à la recherche de son fils emprisonné durant la guerre pour l’indépendance. L’œuvre explore également la désintégration de la paysannerie ainsi que la violence structurelle associée à la colonisation.

Image : Photos d’exploitation du film « Hassan Terro » (1968) de Mohamed Lakhdar-Hamina produit par l’Office des Actualités Algériennes – Archives numériques du cinéma algérien

En 1968, son film Hassan Terro présente avec humour les mésaventures d’un protagoniste antihéros fonctionnaire durant la révolution algérienne, tandis qu’en 1972, l’œuvre Décembre s’attarde sur la question de la torture selon la perspective d’un officier français témoin des abus perpétrés par l’armée française. C’est toutefois en 1974 avec Chroniques de années de braise que le réalisateur se forge une place incontournable dans le paysage culturel algérien et international quand l’œuvre reçoit en 1975 la Palme d’or du festival de Cannes.

Image : Extrait du film Chronique des Années de Braise. Restauré en 2018 par le World Cinema Project de The Film Foundation et la Cineteca Bologna des laboratoires L’Image Retrouvée et L’Immagine Ritrovata.

Le film explore la révolution algérienne, des débuts du mouvement en 1939 jusqu’au déclenchement de la guerre d’indépendance en 1954 et est divisé en six sections : Les Années de Cendre ; Les Années de Braise ; Les Années de Feu ; L’Année de la Charrette ; L’Année de la Charge ; Le 1er novembre 1954. L’œuvre raconte l’histoire d’Ahmed, un paysan qui fuit son village en raison de la sécheresse et de la misère, et qui est confronté à la violence coloniale. Devant ces injustice, Ahmed se transforme alors en chef révolutionnaire, une métaphore concernant la trajectoire du pays et le rôle de la paysannerie dans la lutte nationale pour l’indépendance.

Image : Extrait du film Chronique des Années de Braise. Restauré en 2018 par le World Cinema Project de The Film Foundation et la Cineteca Bologna des laboratoires L’Image Retrouvée et L’Immagine Ritrovata.

En 1982, Mohammed Lakhdar-Hamina réalise le Vent de sable, qui explore la question des relations de genres et de la violence à caractère sexiste. Il réalise quatre ans plus tard l’œuvre La dernière image, nominée pour la Palme d’or du festival de Cannes, puis plus récemment en 2014 Crépuscule des ombres. L’artiste coproduit aussi tout au long de sa carrière plus de trente films, dont Z de Costa-Gavras, ainsi que Le bal d’Ettore Scola. L’artiste préside aujourd’hui le comité de sélection algérien pour les films soumis à l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences.