Dans la wilaya de Guelma au nord-est de l’Algérie, la commune de Roknia, à une douzaine de kilomètres de Hammam Meskhoutine, abrite le site d’une nécropole mégalithique comptant des milliers de dolmens et de grottes funéraires. Aujourd’hui encore peu connus, les vestiges de Roknia sont classés au patrimoine national du pays.

Photo : Gasmi M. – Dolmen à Roknia
La nécropole de Roknia date de la protohistoire. Elle représente l’une des plus importantes nécropoles mégalithiques d’Afrique du nord de par la concentration de dolmens (construction abritant souvent une tombe, composée d’une ou plusieurs dalles de pierre posées sur des dalles verticales) et de chambres de sépultures creusées dans la roche, aussi appelées houanet en Algérie et en Tunisie (« boutiques » en arabe), similaires aux hypogées de la Sicile, de la Sardaigne et de Malte.

Photo : Vincent Campo – Hanout à Roknia
On compte dans la nécropole plus de 3000 monuments mégalithiques s’étendant sur plusieurs kilomètres (en comparaison, on en compte plus de 4000 sur l’ensemble du territoire français).
Les dolmens nord-africains sont caractérisés par leur plan quadrangulaire et sont souvent entourés d’un cercle de pierres. Généralement plus petits que les dolmens européens, ils sont en revanche présents en nombre important en Algérie orientale et en Tunisie. Les dolmens d’Afrique du nord présentent des similitudes avec certains monuments d’Italie péninsulaire, de Sardaigne et de la Corse.

Carte : Gabriel Camps – Nécropoles mégalithiques d’Algérie orientale et de Tunisie. 1 : Beni Messous, 2 : Médéa, 3 : Djelfa, 4 : Aït Raouna, 5 : Ibarissen, 6 : Aït Garet, 7 : Koudiat es Snam, 8 : Ouled Hannech, 9 : Cavallo, 10 : Tamalous, Collo, 11 : Le Kheneg, 12 : Ras el Aïn Bou Merzoug, 13 : Sila, 14 : Bou Nouara, 15 : Sigus, 16 : Ichoukkane, 17 : Roknia, 18 : Guelaat bou Atfane, 19 : Nador, 20 : Koudiat el Batoum, 21 : Tazbent, 22 : Gastel, 23, Kalaat es Snam, 24 : Bulla Regia, 25 : Le Kef, 26 : Dougga, 27 : Teboursouk, 28 : Chaouach, 29 : Hammam Zouakra, 30 : Elles, 31 : Magraoua, 32 : Maktar, 33 : Hir Bou Ghanem, 34 : Haïdra, 35 : Dar Bel Ouar, 36 : Enfida, 37 : El Alia
En Algérie, les monuments mégalithiques couvrent par milliers des régions incluant les flancs de Djebel Mazela à Bounouara, le site de la nécropole de Sigus (qui compte des dolmens, menhirs et cromlechs) à Oum el Bouaghi, ainsi que l’importante nécropole de Djelfa.
Ces monuments font partie du patrimoine culturel de l’Algérie, au même titre que les treize Djeddars de Frenda, Medracen, le Mausolée royal de Maurétanie, ou encore les tumuli à couloir et enclos du Tassili. Ces derniers ont pour point commun qu’ils sont des constructions dédiées aux morts, renseignant sur les rituels funéraires présents tout au long de l’histoire du pays. Une valorisation de ces monuments pourrait alors être l’occasion d’une mise en lumière des croyances et systèmes de valeurs des anciens groupes ayant peuplé l’Algérie et d’informer sur la manière dont ils concevaient le monde.
Bien que les nécropoles mégalithiques soient présentes en nombre important dans le pays, peu de fouilles archéologiques ont été menées depuis l’indépendance. Ainsi, à Roknia, ce sont les fouilles de Bourguignat en 1868 et de Faidherbe de 1869 pendant la colonisation qui sont souvent utilisées pour analyser le site.
Des fouilles permettraient toutefois d’apporter des pistes de réflexion plus récentes notamment quant aux enjeux de datation. Elles permettraient aussi d’enrichir le savoir au sujet les populations qui ont vécu dans la région et ultimement de se réapproprier l’histoire ancienne du pays.
Photo : Illustration d’un dolmen de Roknia dans l’Encyclopédie soviétique de 1926.





