Dans les rues d’Alger, un vêtement masculin aux origines étrangères et à la couleur distincte a progressivement pris une place incontournable dans le patrimoine vestimentaire des habitants de la ville.

Photo : Collectif Belaredj

Le bleu de Shanghai (aussi connu sous le nom de bleu de Chine) est introduit dans le pays entre les deux guerres mondiales. Importé de Chine, ce sont tout d’abord les dockers (ouvriers qui chargent et déchargent les navires) d’Alger qui le portent suite à des opérations de trocs, alors communes au sein des ports.

Photo : Collectif Belaredj, Souad Douibi en bleu de Shanghai

Également porté par les marins et pêcheurs de la capitale, le vêtement bleu indigo, constitué d’un pantalon et d’une veste, devient peu à peu un symbole de l’identité maritime de la ville. Une diffusion qui se complète avec son association au genre musical populaire par excellence d’Alger, le chaabi, à travers des artistes incluant entre autres Amar Ezzahi, Mohamed Badji et Abdelmadjid Meskoud. Adopté pour ses qualités fonctionnelles, il est, à l’instar du jean, peu cher, confortable et robuste.

Bien qu’il soit au départ un vêtement traditionnel de paysans chinois, le bleu de Shanghai a par la suite fait l’objet d’une appropriation massive par les populations de nombreux ports de la Méditerranée. On peut en effet le retrouver aujourd’hui notamment dans d’autres villes d’Algérie dont Cherchell et Dellys, en Tunisie, en Égypte ou encore en France à Marseille, où il est encore fabriqué.

Photo : Collectif Belaredj

L’habit, qui doit être trempé dans un mélange d’eau et de vinaigre avant d’être porté afin d’en préserver la couleur, a récemment fait l’objet de nombreuses initiatives visant à le conserver. Des sorties sont ainsi organisées ces dernières années dans les quartiers proches de la Pêcherie d’Alger, avec pour seul mot d’ordre que les participants (hommes ou femmes) portent la tenue bleue indigo. Ces initiatives sont le plus souvent organisées sous l’égide du collectif Belaredj de Souad Douibi, qui a également oeuvré pour soutenir la valorisation du haïk, un autre symbole du patrimoine culturel d’Alger, avec des performances à travers la ville.

Choisi au départ pour des raisons pratiques, le bleu de Shanghai a au fil du temps également pris une dimension culturelle. Malgré ses origines étrangères et sa présence dans d’autres villes portuaires méditerranéennes, il est en effet aujourd’hui porteur de symboles liés à l’identité algéroise. Une histoire singulière qui lui confère une place unique dans le paysage vestimentaire de la capitale.

Photo : Collectif Belaredj