Oeuvre : Mother, Daughter and I de l'artiste Zineb Sedira, 2003

Bien qu’écrits dans des langues différentes, les romans d’Ahlam Mosteghanemi, de Lynda Koudache et d’Assia Djebar ont pour point commun d’explorer les notions de genre, de langue, d’histoire et d’identité à travers des oeuvres qui racontent la condition féminine en Algérie.

Le paysage linguistique de l’Algérie est marqué par sa complexité, un produit de son histoire et de sa géographie. Différentes langues ou variétés langagières coexistent avec divers statuts et usages sociaux, reflétant des rapports de pouvoir établis au fil des siècles.

La diglossie fait référence à une situation où deux langues ou dialectes coexistent mais avec des statuts et fonctions sociales différentes pour des motifs historiques ou politiques.

Trois grandes sphères linguistiques se dégagent alors. On distingue tout d’abord les sphères arabophone et tamazightophone. La première est caractérisée par une situation de diglossie, avec des dialectes arabes (darija) parlés au quotidien par les populations arabophones du pays d’une part, et l’arabe standard enseigné au sein des écoles d’autre part. La seconde est constituée de dialectes tamazight. Ces derniers représentent le plus vieux substrat linguistique du pays et la langue maternelle d’une partie de la population. Vient, enfin, la « sphère francophone », puisque le français est la première langue étrangère du pays et une langue enseignée à l’école dès les premières années.

Ces différentes sphères linguistiques ne sont pas mutuellement exclusives. En effet, le multilinguisme en Algérie est caractérisé par le passage d’une langue à l’autre, voire le mélange que les locuteurs font de diverses langues et registres. Ce multilinguisme est aussi marqué par l’influence que les langues exercent les unes sur les autres, notamment avec l’exemple de la darija, classée parmi les dialectes arabes, mais établie sur un socle majoritairement tamazight.

Le multilinguisme algérien a produit de riches récits, puisant aussi bien dans les différentes expériences individuelles que collectives. Comme nous le verrons plus en détail dans un prochain article, Ahlam Mosteghanemi a ainsi utilisé l’arabe standard en raison du sentiment de liberté que la langue lui apportait vis-à-vis de sa famille qui ne la maîtrisait pas. Belaid Aït Ali, pour sa part, a employé le tamazight (variante kabyle) afin de rendre hommage, dès 1945, au patrimoine de sa région. Kateb Yacine, quant à lui, a mobilisé le français – un « butin de guerre » issu de la colonisation – afin de narrer l’expérience algérienne et donner la parole à ceux qui étaient jusque là ignorés dans le discours dominant.

Qu’il s’agisse de l’arabe, du tamazight ou du français, les écrivains et écrivaines d’Algérie ont su mobiliser la langue notamment à des fins d’affirmation identitaire, de libération, ou encore de lutte pour les droits et la dignité. Parmi les questions qui traversent la littérature algérienne, la condition féminine y occupe une place incontestable. Les œuvres se jouent des codes afin de réaffirmer l’agentivité des femmes, et ce même quand elles occupent des rôles traditionnels.

Parmi les écrivaines ayant laissé leur empreinte sur le patrimoine littéraire algérien, on compte donc Ahlam Mosteghanemi, l’une des écrivaines les plus populaires du monde arabe et la première femme à publier un recueil en langue arabe dans le pays, Lynda Koudache, la première Algérienne à publier un roman en tamazight et Assia Djebar, la première femme du Maghreb à siéger à l’Académie française. Bien qu’elles emploient des langues différentes, chacune explore les notions de genre, de langue, d’histoire et d’identité dans des oeuvres qui racontent la condition féminine en Algérie. À travers leurs œuvres et leur combat pour les droits et l’émancipation des femmes, elles offrent une vision inclusive et plurielle de la société, respectant la dignité de la personne et célébrant les différences.

Pour lire la suite de notre dossier, cliquez sur l’un des liens ci-dessous:

Partie 1 – La plume libre d’Ahlam Mosteghanemi

Partie 2 – L’engagement de Lynda Koudache

Partie 3 – L’immortelle Assia Djebar

Oeuvres : Zineb Sedira « Mother, Daughter and I » et Zoulikha Bouabdellah « Ni, ni, ni »