Des habitats troglodytes du Ghoufi dans l’Aurès aux ksour du Gourara, en passant par les maisons traditionnelles de Kabylie et la Casbah d’Alger, la terre est une composante incontournable de l’architecture vernaculaire d’Algérie. Cette dernière se caractérise par l’utilisation de matériaux locaux et la mobilisation de techniques traditionnelles adaptées aux besoins des populations et à l’environnement de la région.

Photo : Walid Talbi – Ghardaia

Au moment où l’Algérie fait face, tout comme de nombreux pays, aux conséquences du réchauffement climatique, aux défis posés par une croissance démographique rapide et une urbanisation accélérée, le patrimoine bâti en terre du pays offre les pistes de solutions durables et écologiques.

Parmi les Algériens œuvrant pour la préservation et la promotion de cette architecture traditionnelle, on compte notamment Yasmine Terki, une architecte de monuments historiques avec une expertise en architecture de terre et en développement durable.

Photo : Yasmine Terki

Yasmine Terki a un parcours jalonné par la passion qu’elle voue aux architectures de terre et à la conservation du patrimoine. Après des études au sein de l’École polytechnique d’architecture et d’urbanisme d’Alger consacrées aux architectures traditionnelles d’Algérie, elle obtient un diplôme d’études approfondies en urbanisme et aménagement, avec pour option la préservation du patrimoine, à l’Institut français d’urbanisme de Paris. Elle entame ensuite un doctorat sur le thème de la préservation du patrimoine architectural algérien et suit une formation de conservateur des monuments historiques à l’Institut national du patrimoine de Paris. Elle obtient subséquemment un diplôme de spécialisation et d’approfondissement en architectures de terre et en développement durable au Centre mondial de la construction en terre de l’École nationale supérieure d’architecture de Grenoble.

Yesmine Terki rejoint le ministère de la Culture en 2003, où elle occupe la fonction de chef de projet de restauration de la citadelle d’Alger. En 2005, elle initie un projet de création d’un centre de conservation des ksour puis devient la responsable du projet de création du Centre algérien du patrimoine bâti en terre à Timimoun, le CAPTERRE, dont elle est la directrice depuis 2012.

Photo : Volta Mediterrani – Timimoun, au siège de CAPTERRE

L’architecte est à l’origine de nombreuses initiatives culturelles visant à promouvoir les architectures de terre du pays, dont entre autres l’exposition « Terre, d’Afrique et d’ailleurs » durant le second Festival panafricain d’Alger, l’exposition « De terre et d’argile » pendant l’évènement « Tlemcen, capitale de la culture islamique », ou encore le festival « Archi’terre » pendant la semaine de la promotion des architectures de terre.

Le travail de Yasmine Terki se concentre sur deux pôles : d’une part la préservation du patrimoine bâti en terre d’Algérie (qu’il s’agisse de maisons traditionnelles ou de ksour), de l’autre la valorisation des techniques anciennes à l’aune des challenges du présent. Cet engagement est d’autant plus pertinent que la standardisation de la production architecturale depuis la seconde moitié du vingtième siècle s’est accompagnée de l’utilisation massive du béton, dont les propriétés thermiques sont souvent moins avantageuses dans le pays que les alternatives de terre. Une réintroduction de la terre comme matériau de construction dans les bâtiments contemporains serait alors non seulement l’occasion de renouer avec les savoir-faire locaux issus de la période précédant la colonisation, mais permettrait aussi de mettre en avant une architecture prenant en considération le climat, la consommation d’énergie et l’environnement.

« J’ai, quant à moi, depuis longtemps fait mienne cette devise selon laquelle “il n’est de combat vain que celui qu’on ne mène pas”. Et je suis profondément convaincue que le combat pour la préservation du patrimoine architectural bâti en terre, qui passe nécessairement par la lutte pour la relance de la production d’un cadre moderne bâti en terre, est une noble cause : une cause d’avant-garde.

J’en suis convaincue, comme tous ceux qui portent cette cause, car je sais, comme eux, que les architectures de terre sont plus que nulles autres ancrées dans la vision contemporaine du progrès : un progrès qui respecte l’Homme, sa culture et son environnement. Un modèle de progrès vers lequel nous devrons très vite nous orienter si nous voulons protéger ce que l’industrialisation excessive du monde n’a pas encore détruit sur notre planète. »

Yasmine Terki pour la seconde édition du festival Archi’terre

Le combat pour la réintroduction du matériau se concrétise alors avec des formations d’architectes et d’ingénieurs algériens avec des artisans et experts mobilisant la terre dans la construction au sein de CAPTERRE, en partenariat avec le Centre mondial de la construction en terre. Il se déroule également à travers les campagnes de sensibilisation visant à contrer certaines idées reçues concernant les constructions de terre et à travers l’animation d’ateliers promouvant le patrimoine bâti en terre pour les jeunes habitants de la région de Timimoun.

En présentant des alternatives durables aux matériaux industriels et en réhabilitant l’usage de la terre dans la construction, Yasmine Terki et CAPTERRE apportent leur pierre à l’édifice de la conservation et de la valorisation du patrimoine architectural du pays.

Photo : Walid Talbi – Casbah de Dellys

A PROPOS

The Casbah Post est un projet bénévole et indépendant mettant en avant la culture algérienne contemporaine. Avec un intérêt pour les talents et les initiatives locales, ce webzine a pour objectif de promouvoir le patrimoine et de valoriser la diversité culturelle du pays.

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